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13 décembre 1834 – Fantaisie, Dans les bois, Le Vingt-cinq mars, La Grand-mère. Nerval réunit quatre odelettes publiées dans les Annales romantiques, 1835 signées Gérard. Le Vingt-cinq mars a déjà été publié en 1831 dans l’Almanach dédié aux demoiselles et sera repris sous le titre Avril dans La Bohême galante, chapitre VII et dans Petits Châteaux de Bohême. La Grand-mère, déjà publiée en décembre 1834 dans Le Journal des gens du monde sera également reprise dans La Bohême galante et dans Petits Châteaux de Bohême, de même que Fantaisie, déjà publiée en 1832.

Voir la notice LA CAMARADERIE DU PETIT CÉNACLE et AUX ORIGINES

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ODELETTES

FANTAISIE

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Wèbre,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.
 
Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit…
C’est sous Louis XIII – et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit ;
 
Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux peints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre les fleurs.
 
Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en son costume ancien
Que dans une autre existence peut-être
J’ai déjà vue et dont je me souviens !

 

DANS LES BOIS !!!

Au printemps l’oiseau naît et chante :
N’avez-vous pas ouï sa voix ?…
Elle est pure, simple et touchante
La voix de l’oiseau – dans les bois !
 
L’été, l’oiseau cherche l’oiselle ;
Il aime – et n’aime qu’une fois !
Qu’il est doux, paisible et fidèle
Le nid de l’oiseau – dans les bois !
 
Puis, quand vient l’automne brumeuse,
Il se tait… avant les temps froids.
Hélas ! qu’elle doit être heureuse
La mort de l’oiseau – dans les bois !

 

LE VINGT-CINQ MARS

Déjà les beaux jours, la poussière,
Un ciel d’azur et de lumière
Les murs enflammés, les longs soirs !…
Et rien de vert : à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !
 
Ce beau temps me pèse et m’ennuie ;
Ce n’est qu’après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose :
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l’eau !

 

LA GRAND-MÈRE

Voici trois ans qu’est morte ma grand-mère,
La bonne femme, - et quand on l’enterra,
Parents, amis, tout le monde pleura
D’une douleur bien vraie et bien amère !
 
Pour moi, j’errais dans la maison surpris,
Plus que chagrin ; et comme j’étais proche
De son cercueil, quelqu’un me fit reproche
De voir cela sans larmes et sans cris.
 
Douleur bruyante est bien vite passée :
Depuis trois ans, d’autres affections,
Des biens, des maux, des révolutions,
Ont dans les cœurs sa mémoire effacée…
 
Mais moi j’y songe, et la pleure souvent :
Chez moi toujours, par le temps prenant force,
Ainsi qu’un nom taillé dans une écorce,
Son souvenir se creuse plus avant.

 

GÉRARD.

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