21 novembre 1829 — Chant de l’épée de Korner, dans Le Mercure de France au XIXe siècle, t. XXVII, p.324-325, signé G.

Le poète allemand Théodore Körner, nationaliste engagé dans la cause allemande contre l’occupation française outre-Rhin, héros national mort les armes à la main le 26 août 1813, quelques jours avant la grande bataille de Leipzig, sera encore présent dans l’inspiration des chants patriotiques du drame de Léo Burckart en 1838-1839. Le Chant de l’épée sera  repris en volume en 1840 dans Faust de Goëthe, suivi du second Faust.

Voir la notice LA CAMARADERIE DU PETIT CÉNACLE.

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CHANT DE L’ÉPÉE (1)

TRADUIT DE L’ALLEMAND DE KORNER.

 

Épée suspendue à ma gauche, pourquoi donc brilles-tu si belle ? Oh ta joie excite la mienne... hurra !

— J’accompagne un brave guerrier, je défends un homme libre, et c’est ce qui fait ma joie... hurra !

— Ma belle épée, je suis libre et je t’aime... Oh ! je t’aime comme une épousée... hurra !

— A toi, ma brillante vie d’acier.. Ah ! ah ! quand saisiras-tu ton épouse ?... hurra !

— Déjà la trompette joyeuse annonce le matin vermeil : lorsque tonnera le canon, je saisirai ma bien-aimée... hurra !

— Oh douce étreinte, avec quel désir je t’implore ! Oh ! prends-moi, cher époux, ma petite couronne t’appartient.. hurra !

— Comme tu t’agites dans ton fourreau, épée ; ta joie de sang est bien bruyante... hurra !

— Je m’agite, impatiente du fourreau, parce que j’aime la bataille... hurra !

— Reste encore dans ta retraite, ma bien-aimée, reste, bientôt je t’en ferai sortir... hurra !

— Ne me fais pas long-temps languir... Oh que j’aime mon jardin d’amour, tout plein de beau sang rouge et de blessures épanouies... hurra !

— Sors donc de ton fourreau, toi qui réjouis l’œil du brave, sors, que je te conduise dans ton domaine... hurra !

— Vive la liberté, au milieu de tout cet éclat : l’épée brille aux feux du soleil, ainsi qu’une blanche épousée... hurra !

— Braves cavaliers allemands, votre cœur ne se réchauffe-t-il pas ?... Saisissez votre bien-aimée... hurra !

— Qu’à votre droite Dieu la bénisse, et malheur à qui l’abandonne... hurra !

— Que la joie de l’épousée éclate à tous les yeux, qu’elle resplendisse d’étincelles... hurra !

 

G.

 

(1) Composé par Korner, le matin de la bataille de Leipsig où il fut tué.

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